Le saviez-vous ?
Les ONG subissent des représailles indécentes en raison de leur engagement en faveur de l’initiative multinationales responsables !

Vous avez été nombreuses et nombreux à soutenir l’initiative pour les multinationales responsables, de la récolte des signatures jusqu’au glissement de votre enveloppe dans l’urne. Malgré la victoire obtenue par la majorité des citoyen.n.e.s, l’initiative a échoué au grand soulagement des multinationales helvétiques ayant des activités peu respectueuses des droits de l’homme et de l’environnement. La campagne a été un exemple de démocratie citoyenne sans précédent avec l’engagement de milliers de bénévoles dans toute la Suisse et la prise de parole de plusieurs ONG et collectifs citoyens engagés.

Mais cet exercice de démocratie n’a pas du tout plu à la droite. Le lendemain de la votation, la DDC (Direction du développement et de la coopération), sous l’égide du département des affaires étrangères d’Ignazio Cassis, a annoncé aux fédérations de coopération et aux ONG que le financement des activités d’éducation et de sensibilisation en Suisse ne seront plus cofinancées par les fonds de la DDC. Cette décision est en complète incohérence avec les lignes directrices adoptées en 2019 précisant qu’une des tâches majeures des ONG helvétiques est « de fournir à la population suisse et particulièrement aux jeunes générations des informations sur les défis globaux et de les sensibiliser au lien étroit qui existe entre la paix, la sécurité, le développement durable et la prospérité ». Nous n’allons pas argumenter ici en quoi la sensibilisation et l’éducation en Suisse est importante pour atteindre les objectifs de la coopération au développement et du développement durable (DD). L’Agenda 2030 pour le DD signé par la Suisse, ainsi que la Stratégie pour le DD 2030 de la Suisse le mentionnent clairement. Le comité d'aide au développement de l'OCDE a également souligné l’importance de développer davantage la communication et la sensibilisation du public sur les questions de coopération au développement en Suisse. Toute stratégie sérieuse et sincère de coopération au développement s’inscrivant dans les objectifs du DD se doit d’englober des actions d’éducation et d’information dans notre pays. Mais ce n’est apparemment plus l’avis du département des affaires étrangères depuis l’arrivée d’Ignazio Cassis.

Le caractère politique de cette décision unilatérale de la DDC est confirmé par le fait que les ONG subissent non seulement ces représailles financières, mais aussi plusieurs attaques venant de la droite de l’échiquier politique. Plusieurs motions, interpellations et postulats contre les ONG ont en effet été déposés lors de la session d’hiver du parlement : remise en cause de l’exonération fiscale des organisations reconnues d’utilité publique, remise en cause des subventions dédiées à la coopération au développement pour les ONGs ayant participé à des campagnes politiques, etc.

Petit détail non négligeable : les textes mentionnent de manière explicite les ONG actives dans la coopération au développement, histoire de ne pas risquer d’ouvrir le débat sur le rôle politique des associations et des groupes de réflexion et de lobbying proches des milieux économiques ! Pour lesquels, faut-il le rappeler, on assiste à une levée de bouclier systématique quand il est question d’une plus grande transparence.

Soyons clairs : la grande mobilisation des ONG pour l’Initiative pour des multinationales responsables a été possible grâce à l’immense engagement BÉNÉVOLE des citoyen.n.e.s, les cotisations des membres ainsi que par des fonds collectés à des fins politiques spécifiques, et non pas grâce aux subventions que les ONGs perçoivent pour leur travail de coopération. Or, s’il est évident que les activités liées aux campagnes politiques des ONG ne doivent pas être financées par la Confédération, une interdiction aux ONG de participer au débat politique, à défaut de quoi les fonds octroyés par la DDC pour financer leurs activités de coopération seraient coupés, serait scandaleuse et profondément problématique pour notre démocratie !

Faut-il rappeler que ces ONG sont reconnues d’utilité publique ? Qu’elles n’ont pas de but lucratif ? Qu’elles œuvrent dans l’intérêt général et non pas pour leurs propres intérêts comme c’est souvent le cas des associations et groupes proches des représentants de l’économie ?

Face à ces attaques, plusieurs motions ont été déposées lors de la récente session de printemps par des élu.e.s. Les motions de la droite et les récentes motions de défense des ONG vont probablement être discutées lors de la session d'été. De leur côté les ONG sont tétanisées. Les risques de coupures des subventions qu’elles ont négociées pour leurs partenaires du Sud leur pendent au nez. Elles n’ont donc pas encore osé se mobiliser ouvertement par crainte de voir leur situation empirer. La balle est dans le camp de la société civile, des citoyen.n.e.s et des élu.e.s.

En fouillant dans les motions et interpellations déposées lors de cette session, quelle ne fut ma surprise de découvrir que, parallèlement à cette action de musèlement des ONG, la DDC a adopté récemment les Principes directeurs relatifs au secteur privé et n'exclut pas de coopérer avec des acteurs actifs dans des secteurs à risque (or, pétrole, charbon, etc.) ! Nous marchons sur la tête !

C’est pour tout cela que nous avons tenu à vous informer de ce que les ONG vivent depuis leur engagement pour l’Initiative pour des multinationales responsables. L'ASRO est directement concernée par cette situation, étant au bénéfice de financement de la FEDEVACO pour ses campagnes. Les projets d'information de la FEDEVACO étant financés par la DDC - ce qui n'est pas le cas des autres fédérations cantonales - l'ASRO ne touchera plus d'argent de cette fédération.

Lara Baranzini, porte-parole de l'Association romande des Magasins du Monde.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Qui a peur des ONG ?, Kristina Lanz, Alliance Sud
Un article exhaustif de Kristina Lanz, responsable politique d’Alliance Sud, retrace les principaux arguments des motions déposées contre les ONGs de coopération ainsi que l’importance des activités d’éducation et de sensibilisation en Suisse. https://www.alliancesud.ch/fr/politique/politique-de-developpement/politique-de-developpement/qui-peur-des-ong-partie-1
et
https://www.alliancesud.ch/fr/politique/politique-de-developpement/politique-de-developpement/qui-peur-des-ong-partie-2

ONG : l’État met fin à son financement pour le travail d’information en Suisse, Marie Destraz
https://www.protestinfo.ch/politique/2021/01/ong-letat-met-fin-son-financement-pour-le-travail-dinformation-en-suisse-ong-pain

Une muselière pour les oeuvres d'entraide suisses ? Centre catholique des médias Cath-Info, 07.01.2021
https://www.cath.ch/newsf/une-museliere-pour-les-oeuvres-dentraide-suisses

DDC et ONG : une décision étonnante, regrettable et contestable, François-Xavier Amherdt.
Le Temps, Opinion du professeur de théologie François-Xavier Amherdt qui réplique à Patrizia Danzi, la directrice de la Direction du développement et de la coopération, sur l’utilisation des fonds publics dans les campagnes politiques :
https://www.letemps.ch/opinions/ddc-ong-une-decision-etonnante-regrettable-contestable

Quelques motions en défense des ONG :

À propos des principes directeurs de la DDC relatifs au secteur privé :

Image : https://dedexpressions.com/2016/10/23/couper-lherbe-sous-le-pied

Les ONG se font couper l'herbe sous le pied, https://dedexpressions.com