Vous avez dit « commerce durable et équitable » ?

Lara Baranzini s’oppose à l’approbation de l’Accord de partenariat économique avec l’Indonésie soumis au vote le 7 mars
24 heures - Opinion

L’utilisation des termes «commerce durable et équitable» par les défenseurs de l’accord de libre-échange avec l’Indonésie est indécente. Les Magasins du Monde promeuvent et pratiquent le commerce équitable (CE) depuis plus de quarante ans. Ils mettent, entre autres, l’accent sur l’importance de l’agriculture paysanne. Or, cet accord constitue un danger pour l’agriculture paysanne dans les deux pays signataires.

En Suisse, les producteurs d’oléagineux subiront la concurrence de l’huile de palme importée. En Indonésie, l’agriculture paysanne en sera doublement victime: d’une part, l’accès aux semences sera plus difficile à cause de la protection plus stricte de la propriété intellectuelle sur les semences. D’autre part, il sera encore plus difficile pour les paysan·ne·s du Sud de subsister face aux mastodontes de l’agriculture intensive liés aux multinationales de l’agroalimentaire suisse.

"Trois quarts des plantations de palmiers à huile certifiées sont situées sur d’anciennes zones forestières!"

C’est en se cachant derrière le label RSPO (table ronde sur l’huile de palme durable) que ses partisans pensent convaincre les citoyen·ne·s que l’ensemble de l’accord est une voie permettant la durabilité et le CE. Mais ne nous trompons pas, c’est de la poudre aux yeux! Ce label ne concernera que l’huile de palme et n’est en rien un label de CE. Ses limites et contradictions sont évidentes: trois quarts des plantations de palmiers à huile certifiées sont situées sur d’anciennes zones forestières!

De plus, est-ce que les produits que les multinationales agroalimentaires suisses vont pouvoir vendre moins cher sur le marché indonésien avec la suppression presque totale des droits de douane seront durables et équitables? Et que dire des produits des pharmas suisses et des activités financières suisses en Indonésie?

Le vivant avant le profit

Se raccrocher à la norme RSPO est un alibi pour continuer à concocter la même recette d’inégalités. Le CE met le vivant et l’humain au cœur de ses préoccupations avant le profit. Avec cet accord, les intérêts économiques d’une minorité (multinationales pharmaceutiques, agroalimentaires et secteur financier) priment, encore et toujours, sur les considérations liées au respect des droits humains et de l’environnement. Ces aspects ne sont en effet pas soumis à un mécanisme de contrôle et de sanction, contrairement aux articles sur les règles commerciales et la protection intellectuelle.

Des changements de fond dans les logiques commerciales sont nécessaires. Le libre-échange tel que nous l’avons connu est une recette périmée. Pour rappel, les négociations de cet accord ont commencé en 2010. Entre-temps, la crise écologique n’a cessé d’empirer. Ce n’est pas avec une logique du passé que nous allons pouvoir préparer l’économie de demain et aller vers une véritable durabilité! Il est aujourd’hui indispensable de mettre en œuvre des actions sérieuses et sincères en faveur du climat, de l’environnement et de conditions de travail dignes. C’est pourquoi nous appelons à dire stop à l’huile de palme en votant non le 7 mars à l’accord de libre-échange avec l’Indonésie.

Source
24 heures, opinion, l'invitée du 11.02.2021